Le coronavirus décrypté par une psychologue sociale : réactions et pistes d’actions concrètes.

En situations de crises nous avons parfois des difficultés à comprendre les réactions de nos semblables. Pour mieux comprendre ce qui se joue dans de telles situations, mais aussi pour mieux vivre les bouleversements actuels, vous trouverez ci-après quelques pistes de réflexion.

  1. Les représentations

Pour mieux comprendre la réalité qui nous échappe, pour nous rassurer, et pour réduire l’incertitude générée par une situation jusqu’alors non connue comme l’épidémie du coronavirus, nous allons spontanément faire des liens avec ce que nous connaissons et maîtrisons. De là naissent les représentations sociales. Par ce biais, nous essayons de comprendre cette nouvelle réalité à travers nos connaissances et perceptions, afin de mieux nous y adapter. Ce qui explique pourquoi, par exemple, nous avons très tôt assimilé le coronavirus à une forme de grippe ou à d’autres épidémies plus graves comme la peste. Dans un cas nous minimisons son niveau de dangerosité, et dans l’autre nous le surévaluons. Quelles que soient nos représentations (qui peuvent évoluer avec le temps), celles-ci impactent nos comportements.

  1. La contagion émotionnelle

Les émotions négatives sont beaucoup plus contagieuses que les positives et elles s’ancrent de manière plus durable. Nous avons un accès facile et illimité à l’information, ce qui peut nous pousser à en consommer davantage, et à rechercher, notamment en situation de crise, à se rassurer en accumulant les sources d’informations. Cet excès provoque une « sur-émotionnalité » et contribue à amplifier nos angoisses. En outre, en nous exposant à des images de villes fantômes, de personnes intubées, de personnels soignants débordés, ou de cercueils amoncelés, les médias participent à cette contagion émotionnelle et alimentent la peur.

  1. Les rumeurs

Lorsque nos repères sont bouleversés et que nous manquons d’information sur un sujet, les rumeurs apparaissent. Elles se répandent facilement lorsque nous manquons de repères fiables, notamment en situation de crise. Les médias sont aussi un fort moyen de diffusion et de propagation des rumeurs. Nos peurs ne font qu’amplifier ce phénomène. Ceci s’explique par notre besoin de contrôle : dans un contexte de crise, nous nous accrochons à toutes les informations disponibles pour réduire nos incertitudes, angoisses et peurs… du moins, pour tenter de contrôler une situation qui nous échappe. Les rumeurs ou les fake news nous donnent l’illusion de maîtriser notre avenir. C’est également pour assouvir notre besoin de contrôle que nous adoptons parfois des comportements irrationnels comme par exemple l’accumulation de biens matériels. Il suffit d’observer les rayons des supermarchés, ou l’explosion des ventes à distance, pour comprendre.

  1. Peur et sentiment d’impuissance

La perte de repères génère des émotions comme la colère, la peur, la frustration et le sentiment d’impuissance. Ces émotions sont corrélées à un taux de cortisol élevé (l’hormone du stress). Ce niveau de cortisol, s’il reste élevé trop longtemps, nous rend plus craintifs, plus faibles, de plus en plus méfiants envers les autres et moins à même de réfléchir convenablement. Pour rétablir un équilibre, naturellement, nous allons nous raccrocher, encore une fois, à notre besoin de contrôle.

  1. L’attribution causale

Pour mieux comprendre et prédire notre environnement, notamment en situation de crise, nous essayons d’identifier les causes des évènements, mais aussi des comportements ou attitudes de nos semblables. De là naitront notamment des rumeurs ou fausses informations. Dans le cas du coronavirus, on a très vite vu se propager des explications telles ce virus a été produit en laboratoire, il a été volontairement transmis par une nation, la nature reprend ses droits sur l’Homme. Nous essayons également d’interpréter les comportements de nos politiciens. Encore une fois, cela nous donne l’illusion de contrôler ce qui ne peut l’être, cela donne du sens et une logique qui vise à réduire notre degré d’incertitude et nos angoisses. Les explications que nous formulons pour comprendre notre environnement peuvent être anxiogènes.

  1. La réactance psychologique

La réactance psychologique est un système de défense que nous mettons en œuvre, plus ou moins consciemment dès lors que notre liberté d’actions est menacée. Dans le cas du coronavirus, le confinement impacte directement notre sentiment de liberté puisque nous devons revoir nos habitudes et nos projets. Lorsque nous estimons que notre liberté d’action est touchée, nous tentons, d’une façon ou d’une autre de la restaurer. Là encore, c’est la perte de contrôle qui va engendrer des comportements de résistance. Dans le cas du coronavirus cela se manifeste notamment par des comportements d’achats compulsifs ou de l’opposition (envers les médias, l’état, les centres de recherche… ou en poursuivant nos activités de déplacement sans tenir compte des restrictions de confinement).

  1. Le biais d’optimisme

Le biais d’optimisme (égalé appelé optimisme comparatif) est la croyance que son avenir sera bien meilleur que celui des autres. Nous pouvons avoir tendance à croire que nous avons moins de risque de vivre des situations difficiles que les autres. On peut donc facilement minimiser le risque de contracter le coronavirus. Ce qui explique pourquoi certains poursuivent leurs activités en omettant les « gestes barrières » ou les mesures de confinement. Le biais d’optimisme influence également les décisions et les prévisions politiques. Par exemple, les coûts et les délais d’exécution des décisions planifiées ont tendance à être sous-estimés et les avantages surestimés.

  1. La résilience

En situation de crise, passé les réactions de stress et de peur, la réaction collective de la société s’exprime rarement par de la panique ou de l’agressivité. On observe plutôt du soutien communautaire (aide aux plus démunis, aide aux personnels soignants, etc.). Cette capacité d’adaptation de la population est un acte légitime de survie. Cette résilience s’applique autant au niveau individuel (capacité à dépasser le traumatisme, réaction spontanée pour aider les autres, tendance à partager et à se réconforter les uns les autres), qu’au niveau sociétal (capacité de la société à survivre, à maintenir ses habitudes et ses droits) et au niveau politique (capacité des structures politiques à surmonter la situation de crise et à réunir la population autour de projets).

Pistes d’actions

Dans une situation de crise, et actuellement face à l’épidémie du coronavirus, nous sommes face à l’incertitude et perdons le contrôle. Aussi, nous adoptons souvent des comportements irrationnels qui visent en réalité à rétablir une illusion de maîtrise de notre environnement. Cela engendre finalement du stress et amplifie nos angoisses.

Voici quelques conseils simples et efficaces pour vous aider à rétablir l’équilibre dans vos vies.

  • Lâcher-prise sur les évènements non maîtrisables

Acceptons de ne pas avoir d’explications sur tout. Acceptons la réalité et la situation telle qu’elle se présente à nous. Acceptons nos émotions. Acceptons de nous retrouver dans une situation que nous ne pouvons maîtriser. Acceptons de ne pouvoir contrôler notre futur, et essayons de vivre dans le présent. Pour cela, la méditation, la sophrologie, le yoga ou des techniques de respiration peuvent nous aider. Pour plus d’éléments sur le lâcher-prise, je vous invite à vous abonner à ma newsletter : vous recevrez un guide complet présentant les 7 étapes du lâcher-prise.

  • Éviter l’excès d’informations

Essayons de nous limiter dans nos accès à l’information pour éviter la contagion émotionnelle et sortir de la névrose médiatique. Dans l’idéal, il faudrait s’informer sur les sites officiels pour éviter la propagation des rumeurs. Déconnectons-nous et revenons à l’essentiel : nos familles et amis avec qui nous pouvons entretenir des contacts par téléphone ou visio-conférence. Pour limiter la contagion émotionnelle négative, propageons autour de nous les bonnes nouvelles et ce qui nous anime positivement !

  • Pratiquer la gratitude

C’est le moment de prendre conscience et de noter ce pour quoi nous sommes reconnaissants. Les effets de la gratitude sont nombreux. La gratitude permet notamment :

  • Une baisse des taux d’hormone de stress
  • Une baisse de la consommation de graisses alimentaires
  • Une qualité de sommeil améliorée
  • Une chute du risque de dépression
  • De meilleures performances sportives et intellectuelles
  • Un renforcement du lien social
  • Une augmentation du niveau d’optimisme
  • Une détermination et une volonté accrues
  • Une amélioration notable des traitements médicaux conventionnels
  • Une meilleure estime de soi
  • Une plus grande créativité…

Tout est une question de focus : mettez-le sur ce qui va bien, et tout ira encore mieux.

  • Reprendre le contrôle

Pour lutter contre le sentiment d’impuissance, au lieu d’adopter des comportements irrationnels, nous pouvons agir sur notre puissance personnelle, c’est-à-dire notre capacité individuelle à maîtriser les petits événements de notre vie. Cela peut être, selon les personnes, ranger son salon, bricoler, créer, lire, boucler un dossier pénible, faire le ménage, suivre une formation, jouer, pratiquer la méditation… des gestes qui peuvent sembler infimes et anodins mais qui redonnent, à notre échelle, un sens du contrôle de soi. Utilisons notre temps pour faire des choses que nous ne faisons pas habituellement.

  • Pratiquer l’entraide

L’altruisme est une forme d’adaptation au stress. Cela nous permet notamment de nous décentrer de nos angoisses et de rétablir un sentiment d’utilité, souvent perdu en situation de crise. Dans le cas du coronavirus, plusieurs formes d’entraide voient le jour : livraisons gratuites pour les plus faibles, partages gratuits de cours, vidéos, et musiques, garde d’enfants, dons, solidarité envers les soignants, etc.

  • Maintenir le lien  

S’il n’est plus possible d’établir de contact physique avec nos proches, nous pouvons malgré tout maintenir, voire même renforcer le lien qui nous unit. Des évènements collectifs aux balcons (apéros-fenêtre, musique et chants) aux évènements collectifs en famille ou entre amis (apéros virtuels, visio-conférences), cela nous pousse à revoir nos modes de communications et de relations et à conserver un lien avec notre entourage.

  • Prendre soin de soi

Si vous aviez l’habitude de dormir moins de 7h par nuit, c’est le moment de revoir votre routine pour une récupération optimale. Profitez de ces temps de confinement pour recharger vos batteries, tout en conservant un rythme défini pour ne pas dérégler votre horloge biologique. Maintenez une activité physique et prenez soin de vous, cela vous aidera à conserver une bonne santé mentale.

  • Remettre en question ses pratiques

La situation de crise est une véritable opportunité pour remettre en question nos pratiques et habitudes. Des évènements graves peuvent entraîner des changements positifs. Nous avons tous des capacités de résilience différentes et des réactions qui varieront après un évènement tel l’épidémie du coronavirus : certains auront du mal à récupérer, d’autres retrouveront leur niveau de bien-être pré-traumatique et d’autres encore, le dépasseront. C’est précisément cela qu’on appelle la croissance post-traumatique. Si, dans un premier temps, nous perdons nos repères et nos certitudes, dans un second temps, dès lors qu’on parvient à trouver la force, s’offre à nous un espace de liberté bien plus large qu’auparavant pour reconstruire notre monde intérieur avec de nouvelles perspectives. Nous pouvons dors et déjà revoir notre vision de la vie (en modifiant nos valeurs, nos priorités…), et nos modes de vie (en modifiant notre conception du monde, de notre société, de nos habitudes…).

 

Envie d'aller plus loin ?