5. INTERVIEW. « Ce n’est pas pour moi » : comment Larissa Lorenzoni a construit une légitimité que personne ne lui a donnée
Arrivée en France à 14 ans, sans parler un mot de français, après une enfance dans la pauvreté au Brésil, Larissa Lorenzoni forme aujourd’hui des centaines d’entrepreneures au marketing digital.
Mais dans cet épisode, on ne parle pas de sa réussite. On parle de ce que ça a demandé psychologiquement d’y arriver.
De construire sa légitimité entrepreneur quand personne dans ton histoire ne t’a dit que c’était pour toi. De continuer quand une voix intérieure répète que tu n’as pas ta place. Et d’apprendre à recevoir quand tu as été câblée pour attendre l’effondrement.
💬 Et toi : ta légitimité, tu l’as reçue ou tu l’as construite ?
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Arriver à 14 ans dans une langue étrangère : ce que ça fait au cerveau et à l’identité
L’adolescence est le moment où le cerveau est en pleine reconfiguration. Le cortex préfrontal (celui qui gère l’identité, le jugement, la projection dans l’avenir) est encore en construction.
Arriver dans un pays dont on ne parle pas la langue précisément à ce moment-là, c’est une double déstabilisation.
La langue, c’est le tissu dans lequel on pense, dans lequel on existe pour les autres. Pour un cerveau adolescent qui cherche à se construire, ne pas maitriser ce tissu peut laisser une empreinte profonde sur la façon dont on perçoit sa propre place dans le monde.
🧠 Empreinte identitaire précoce : Expériences vécues pendant les périodes de développement clés qui façonnent durablement la perception de soi et de sa place parmi les autres, même après que les circonstances extérieures ont radicalement changé.
La phrase d’un professeur qui cristallise tout
Un professeur lui dit qu’elle ne peut pas faire des études de journalisme à cause de ses “problèmes de langage”.
En psychologie, on appelle ça l’activation d’un schéma précoce : une expérience qui vient confirmer, souvent pour la première fois de façon explicite, une croyance qui était en train de se former.
La phrase cristallise quelque chose qui cherchait une forme. Et une fois cristallisé, ce schéma devient un filtre qui trie les informations : les confirmations passent, les infirmations sont ignorées ou minimisées.
🧠 Schéma précoce d’inadéquation : Structure cognitive profonde qui s’ancre dans l’enfance ou l’adolescence et produit la conviction durable de ne pas être à la hauteur, de ne pas avoir sa place. Il colore toutes les situations nouvelles (y compris entrepreneuriales) même quand les preuves objectives le contredisent.
Grandir dans l’instabilité : ce que le système nerveux retient et ne lâche pas
Les années de précarité chronique ne sont pas que des souvenirs.
Elles ont un effet neurologique mesurable : une activation prolongée du système de stress.
Quand l’environnement est durablement instable ou menaçant, le système nerveux apprend à rester en alerte.
C’est une adaptation brillante à court terme. Le problème, c’est que ce système ne sait pas s’éteindre. Il continue à chercher la menace même quand elle n’est plus là.
Les conséquences très concrètes dans le business
Ce système nerveux sur-activé produit des comportements très reconnaissables chez l’entrepreneur·e qui a grandi dans l’insécurité :
- L’incapacité à ralentir, même quand rien ne l’exige
- La difficulté à déléguer (si je ne le fais pas moi-même, ça va s’effondrer)
- Le besoin de tout contrôler pour tenir l’anxiété à distance
- L’impossibilité de se reposer sans culpabilité
- L’attente de l’effondrement même quand tout va bien.
Quand l’environnement est durablement instable, le système nerveux apprend à rester en alerte. Et il continue à chercher la menace même quand elle n’est plus là. En entrepreneuriat, ça ressemble à une force. C’est en réalité un coût.
La motivation d’évitement : le carburant dont personne ne parle
Quand Larissa décrit comment l’idée d’entreprendre est arrivée dans sa vie, quelque chose se révèle.
La psychologie différencie deux grands types de motivation.
Motivation d’approche vs motivation d’évitement
Motivation d’approche : on veut quelque chose, on va vers lui. On avance depuis un désir.
Motivation d’évitement : on fuit quelque chose, on cherche une sortie. On avance parce que reculer est impossible.
La motivation d’évitement est souvent sous-estimée, presque honteuse à admettre. Mais elle est très puissante, et elle produit souvent des entrepreneur·e·s très déterminé·e·s. Parce que reculer n’est pas une option.
L’ombre de la motivation d’évitement : ce qui se passe quand l’urgence disparaît
La limite de cette motivation, c’est la suivante : quand l’urgence de fuir diminue, la motivation peut s’effondrer avec elle.
On a construit son business sur la peur de retourner en arrière. Quand on est enfin loin, que reste-t-il pour avancer ?
C’est l’un des moments de bascule les plus délicats pour les entrepreneur·e·s avec ce type de parcours. Et l’un des moins nommés.
🧠 Motivation d’évitement : Moteur comportemental piloté par la fuite d’une situation douloureuse plutôt que par la poursuite d’un désir. Très puissante dans les phases de survie, elle peut perdre de son efficacité lorsque la menace originelle s’éloigne, sauf si elle est intégrée et transformée en quelque chose de plus profond.
L’introjection : quand la voix de l’autre devient la nôtre
Il y a cette voix. Celle qui dit « ce n’est pas pour moi ». Celle qui murmure « tu n’as pas ta place là ».
Dans l’épisode, Larissa décrit avec précision comment elle a fait avec cette voix : pas en la faisant taire, mais en agissant malgré elle.
🧠 Introjection : Mécanisme psychologique par lequel on intègre la voix de l’autre (le professeur, la société, les regards, les non-dits familiaux) au point qu’elle devient indiscernable de la nôtre. La voix intérieure invalidante n’est pas née en soi. Elle a été apprise.
Le double front épuisant de l’entrepreneur·e avec un schéma d’illégitimité
La particularité des personnes avec ce type de parcours, c’est qu’elles développent souvent une capacité remarquable : agir malgré la voix. Paralysiée intérieurement, et faire quand même.
Cette capacité est réelle. Mais elle a un coût énergétique énorme. Parce qu’on se bat sur deux fronts en même temps : l’extérieur (le business, les clients, les résultats) et soi-même.
Les personnes avec les plus beaux parcours sont souvent celles qui doutent le plus en silence. La légitimité externe peut être indiscutable, et la légitimité interne doit encore se rappeler à elle-même chaque matin.
Légitimité externe vs légitimité interne : le décalage permanent
C’est l’un des mécanismes les plus fréquents chez les entrepreneur·e·s avec un parcours difficile, et l’un des plus invisibles de l’extérieur.
Légitimité externe : ce que les autres reconnaissent. Les résultats, les témoignages, les chiffres, les preuves objectives de compétence.
Légitimité interne : l’autorisation qu’on se donne à soi-même. Elle ne se décrète pas. Elle se construit lentement, à travers des expériences qui contredisent le schéma.
Le décalage permanent entre les deux est l’une des sources les plus fréquentes d’épuisement psychique chez les entrepreneur·e·s qui partent de loin. On a les résultats. Mais on n’y croit pas vraiment.
L’intolérance à la sécurité : le vertige du bien-être inconnu
Quand tout va bien, arrive-t-on vraiment à le recevoir ? Ou est-ce qu’une partie de soi attend que ça s’effondre ?
🧠 Intolérance à la sécurité : Phénomène moins connu que l’intolérance à l’incertitude, mais tout aussi réel. Quand on a vécu dans l’instabilité chronique, la stabilité devient étrange, suspecte. Le cerveau qui a appris à détecter la menace ne sait pas quoi faire quand elle est absente : il en fabrique. Et parfois crée inconsciemment les conditions qui ramènent à un état familier.
L’inconfort connu est moins menaçant que le bien-être inconnu. C’est là l’un des pièges les plus insidieux pour les entrepreneur·e·s avec une histoire de précarité : saboter, inconsciemment, la stabilité qu’on a mis des années à construire.
La mission réparatrice : donner aux autres ce qu’on n’a pas reçu
Ce que Larissa fait avec son business, ce n’est pas seulement vendre des formations Instagram. Son business dit quelque chose de plus profond : tu peux prendre ta place, même si personne ne te l’a donnée.
En psychologie, on appelle cela la mission réparatrice : ce besoin, souvent inconscient, de donner aux autres ce qu’on n’a pas reçu.
C’est l’une des formes les plus profondes de sens qu’un être humain peut trouver à ce qu’il a traversé.
Blessure et vocation : le guérisseur blessé revisité
La question se pose : est-ce qu’elle aurait accompagné des femmes à prendre leur place sur Instagram si elle n’avait pas vécu ce qu’elle a vécu ?
Ce lien entre blessure et vocation — que Carl Jung appelait le guérisseur blessé — traverse cet épisode comme un fil rouge.
Quand on a traversé quelque chose et qu’on a fait le travail de l’intégrer, ça peut devenir une ressource. Une façon d’être présente qui n’est pas intellectuelle, mais incarnée.
La légitimité ne précède pas toujours l’action : parfois c’est l’action qui la crée
C’est peut-être la phrase la plus utile de cet épisode.
Et la plus contre-intuitive pour quelqu’un qui entreprend avec le sentiment que « ce n’est pas pour moi ».
On croit qu’il faut d’abord se sentir légitime pour agir. Que la confiance vient avant. Que le doute doit disparaître avant de commencer. Larissa est la preuve que c’est exactement l’inverse.
Si tu entreprends en portant cette conviction que ce n’est pas vraiment pour toi, que tu n’as pas le droit d’être là où tu es — ce que Larissa dit dans cet épisode, c’est que cette voix n’a pas à disparaître pour que tu avances. Tu peux agir malgré elle. Et c’est souvent l’action qui finit par la faire taire.
Ce que ce témoignage dit de la psychologie de l’entrepreneuriat
Le syndrome de l’imposteur entrepreneur, le sentiment d’illégitimité, la voix qui dit « ce n’est pas pour moi » — ces expériences ne sont pas des problèmes de stratégie. Ce sont des empreintes psychiques. Elles ont une origine. Et elles se travaillent.
Le coût de l’hypervigilance, la difficulté à recevoir, l’attente de l’effondrement : tout cela mérite d’être vu, nommé, et parfois accompagné.
💬 Ta légitimité d’entrepreneur·e : tu l’as reçue ou tu l’as construite ? Et est-ce qu’elle est vraiment intégrée à l’intérieur, ou juste valideé par l’extérieur ?
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