3. INTERVIEW. Traumatisme et entrepreneuriat : ce qu’on ne dit jamais, avec Solène Pignet
Le traumatisme se cache bien. Il ressemble à de la fatigue. À de la procrastination. À de l’hypervigilance déguisée en perfectionnisme. À une façade professionnelle qu’on maintient coûte que coûte, pendant que tout s’effondre à l’intérieur.
Solène Pignet accompagne des femmes autour de la naissance. Et c’est lors de la naissance de son propre fils qu’elle a vécu un événement traumatique. Dans cet épisode de La Psy du Business, elle raconte comment le stress post-traumatique périnatal a percuté son identité d’entrepreneuse, et ce que ça a transformé, lentement, après la thérapie.
« Le stress post-traumatique mobilise tellement de ressources cognitives qu’il n’en reste presque plus pour entreprendre. On fait. Mais on n’est plus vraiment là. »
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Stress post-traumatique et entrepreneuriat : un sujet qu’on n’entend presque jamais
On parle du baby blues. On commence à parler de la dépression post-partum. Mais le traumatisme périnatal, lui, reste dans l’ombre. Parce qu’il est moins visible. Parce qu’il ressemble à autre chose. Et parce que, dans le contexte de l’entrepreneuriat, il est encore plus difficile à nommer.
Pourtant, c’est une réalité que de nombreuses entrepreneuses vivent seules, sans vocabulaire, sans cadre, sans espace pour le dire.
Qu’est-ce que le stress post-traumatique périnatal ?
Le stress post-traumatique est une réponse normale du système nerveux à un événement anormal : un événement qui dépasse les ressources disponibles pour y faire face au moment où il se produit. Dans le contexte de l’accouchement, il peut survenir après une naissance vécue comme menaçante, violente, incontrôlée, même quand tout “s’est bien passé” d’un point de vue médical.
Le traumatisme ne dit rien sur la force de celle qui le vit. Il dit simplement que ce qui s’est passé était trop grand pour ce qui était disponible à cet instant précis.
La couche supplémentaire : l’injonction au bonheur
Dans le contexte d’une naissance, le traumatisme est doublement silencié. On est censée être heureuse. On vient d’avoir un bebé. La souffrance devient illégitime. Et cette dissonance entre ce qu’on ressent et ce qu’on est censée ressentir aggrave tout : parce que le traumatisme a besoin d’être reconnu pour pouvoir être traversé.
Ce que le stress post-traumatique fait concrètement au cerveau de l’entrepreneuse
Le stress post-traumatique maintient le système nerveux dans un état d’activation permanente : ce qu’on appelle l’hyperactivation.
Le cerveau limbique, celui des émotions et de la survie, prend le dessus sur le cortex préfrontal (celui de la pensée, de la planification, de la décision).
Concrètement, les fonctions indispensables pour entreprendre (anticiper, prioriser, créer, être présente à un client) sont exactement celles qui sont les plus impactées. On a un cerveau qui utilise toute son énergie à autre chose : à survivre.
Hypervigilance, évitement, reviviscences : les trois piliers du stress post-traumatique dans le travail
Ces trois mécanismes s’adaptent au contexte professionnel sans qu’on les reconnaisse :
- L’hypervigilance devient du perfectionnisme : vérifier, contrôler, anticiper le pire en permanence
- Les reviviscences deviennent des trous de concentration : présence coupée, pensées envahissantes
- L’évitement devient de la procrastination : impossibilité d’avancer sur ce qui rappelle l’événement
On met des étiquettes professionnelles sur des réponses traumatiques. Et on continue, sans comprendre pourquoi ça coûte autant.
La double charge : gérer le traumatisme et gérer l’image
En plus de gérer le traumatisme, on gère la façade.
On dépense de l’énergie à paraître normale au moment où on en a le moins.
Solène le décrit avec une précision frappante : cette double charge qui épuise dès le matin, avant même d’avoir ouvert un seul fichier.
Le stress post-traumatique ne se voit pas. Il ressemble à une entrepreneuse rigoureuse, toujours présente, toujours aux aguets. De l’extérieur, ça peut même ressembler à une forme d’excellence.
La complexité particulière : accompagner les autres dans ce qu’on n’a pas encore intégré
Ce qui rend le témoignage de Solène singulier, c’est la collision entre sa vie professionnelle et son vécu personnel. Elle accompagne des femmes autour de la naissance. Et elle vit elle-même un traumatisme lié à une naissance.
Cette situation (être professionnelle de l’accompagnement périnatal tout en portant un traumatisme périnatal non nommé) crée une tension psychologique énorme. Elle en parle dans l’épisode avec une clarté qui vient du recul.
Nommer, c’est un acte thérapeutique
Le moment où Solène a mis des mots sur ce qu’elle vivait (où elle a compris que c’était un traumatisme, pas juste de la fatigue ou du baby blues) est un tournant.
Parce que nommer, en psychologie, c’est un acte thérapeutique en soi. Quand on met un mot juste sur ce qu’on vit, quelque chose se déplace. Ce n’est plus incontrôlable, honteux. C’est identifié. Et ce qui est identifié peut être travaillé.
Ce que la thérapie a transformé : dans la tête et dans le business
Avec l’accompagnement thérapeutique, quelque chose se réajuste progressivement. Le système nerveux apprend à sortir de l’état d’alerte permanente. Et avec lui, les capacités cognitives qui avaient été aspirées par la survie reviennent progressivement disponibles.
Intégrer la mémoire traumatique
La mémoire traumatique est une mémoire non intégrée. Elle n’a pas de place dans le récit de vie. Elle reste en dehors : comme une image qui revient sans contexte, sans début ni fin. Le travail thérapeutique lui donne une place. Elle devient un souvenir douloureux, mais ordonné. Quelque chose qui s’est passé. Pas quelque chose qui continue de se passer.
Solène décrit ce processus avec ses propres mots dans l’épisode, et ce qu’il a ouvert, concrètement, dans sa façon de travailler, d’être présente à ses clientes, de prendre des décisions.
La croissance post-traumatique : une notion à manier avec précaution
Il existe une notion en psychologie qu’on appelle la croissance post-traumatique : l’idée que traverser un traumatisme peut, dans certains cas, ouvrir des capacités nouvelles, une profondeur différente.
Attention : cela ne signifie pas que le traumatisme était nécessaire. Ni qu’il fallait souffrir pour grandir. Cela signifie que certaines personnes, après avoir traversé quelque chose de très difficile et en avoir fait le travail d’intégration, développent des ressources qu’elles n’avaient pas avant. La croissance coexiste toujours avec la cicatrice.
Le guérisseur blessé : quand le traumatisme devient une ressource professionnelle
Carl Jung appelait cela le guérisseur blessé. L’idée que c’est précisément parce qu’on a été touché qu’on est capable de toucher les autres. Quand on a traversé quelque chose et qu’on a fait le travail de l’intégrer, ça devient une ressource. Une façon d’être présente qui n’est pas intellectuelle, mais incarnée.
Pour Solène, la question se pose à voix haute dans l’épisode : est-ce qu’elle aurait accompagné les femmes autour de la naissance si elle n’avait pas vécu ce qu’elle a vécu ? La réponse n’est pas simple. Et c’est précisément pour ça qu’elle mérite d’être entendue.
Nos business ne sont jamais neutres. Ils parlent de nous : de ce qu’on a traversé, de ce qu’on cherche, de ce qu’on a besoin de réparer ou de transmettre.
Dépasser ou intégrer : la distinction qui change tout
Dépasser, c’est mettre derrière soi, tourner la page, avancer. Intégrer, c’est lui donner une place dans son histoire : une place juste. Celle d’un événement qui s’est passé, qui a laissé des traces, et qui fait partie de qui on est devenue. Sans qu’il continue à dicter.
C’est là où Solène en est au moment de l’enregistrement. Ce recul-là — celui de quelqu’un qui a traversé, qui a travaillé, et qui peut regarder en arrière sans que ça continue de dicter — c’est rare. Et c’est précisément ce qui rend ce témoignage aussi précieux.
Ce que ce témoignage révèle sur la psychologie de l’entrepreneuriat
La psychologie de l’entrepreneuriat, c’est aussi ça : comprendre que ton business porte ce que tu portes. Que les mécanismes de survie — hypervigilance, évitement, perfectionnisme — ne sont pas des défauts de caractère. Ce sont des réponses adaptées à quelque chose de trop grand.
Et que nommer ce qui pilote, c’est déjà reprendre la main.
Si tu t’es reconnue dans ce que Solène a décrit (dans cette énergie épuisée, dans cette façade tenue à bout de bras, dans cette incapacité à être vraiment là) retiens une chose. C’est un système nerveux qui a fait ce qu’il pouvait, avec ce qu’il avait. Et les systèmes nerveux, ça se travaille.
La Psy du Business : là où le business rencontre la psychologie. Par Marie Marchand, psychologue, docteure en psychologie et coach pour entrepreneurs.
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